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6 months ago

La théologie du peuple. Racines théologiques du pape François

L’auteur montre d’abord avec force que cette théologie s’enracine dans la culture d’un peuple pauvre et croyant, où elle est amenée à reconnaître une forme de « sagesse » spécifiquement chrétienne. Tout en tenant compte des médiations, tant scientifiques que philosophiques, requises par l’intelligence de la foi, elle puise sans cesse aux sources vives d’un évangile vécu par le peuple des pauvres, des petits et des simples. La seconde partie de ce travail montre à quel point cette pratique de la théologie éclaire la manière dont le pape gouverne l’Église dans un dia- logue sincère et ouvert avec les religions, les peuples et les cultures. Est ainsi mis en relief l’esprit dans lequel il tend à favoriser, à notre époque de globalisation, la paix, la solidarité et la justice envers les exclus.

6 Préface

6 Préface théologie, dont l’intention universelle ne se sépare jamais d’un sol consciemment particulier, représente une véritable « alternative » par rapport à une théologie trop abstraitement académique, repliée sur ses certitudes doctrinales. Le grand intérêt de cette initiation à la « théologie du peuple » et à ses relations avec « la culture » est alors qu’en exhibant les « racines théologiques du pape François », elle indique à la fois d’où provient, spirituellement non moins qu’intellectuellement, le souverain pontife et comment cet enracinement trouve en lui un prolongement à la fois plus singulier et plus universel. Avec le style et la convivialité qui lui sont propres, en effet, ce pape argentin parvient à s’adresser à toutes les personnes et à tous les peuples : la « culture de la rencontre » qu’il pratique met l’accent sur le rôle de l’Esprit, en travail dans la diversité des cultures qu’il invite à entrer dans la dynamique d’une universalisation partagée. L’inculturation de l’évangile appelle une effectuation en modes multiples, elle passe par des rencontres et des reconnaissances inter-culturelles où s’atteste précisément son sens méta-culturel. Il est permis de lire un « signe des temps » dans le « climat spirituel » nouveau qui marque ainsi ce pontificat et dans la manière dont son parler-vrai parvient à toucher un monde qui n’en a peut-être jamais eu autant besoin. Car là est sans doute l’ambition ultime de toute théologie véritable : contribuer à faire ou à laisser résonner le message évangélique en sa signification universelle en le traduisant aussi justement que possible en fonction d’un contexte toujours particulier d’expérience. On saluera donc la pertinence d’une réflexion qui ne met en lumière le sens libérateur de la spiritualité populaire dont témoignent les pauvres de l’Amérique latine que dans l’espoir de faire passer aujourd’hui un peu de « l’air frais du Sud » dans les « espaces sécularisés du Nord, où Dieu “brille par son absence 1 ” ». Il reste que c’est alors aux sujets soi-disant « éclairés » de la modernité qu’il revient de prêter l’oreille à cette provocation qui leur vient d’ailleurs — des marges de la mondialisation — pour y chercher non un modèle à imiter, mais une incitation qui les aide, par son esprit et sa méthode 1. Je prends cette citation aux pages 204-205 du livre de notre auteur, qui fait luimême référence à un travail de Bernhard Welte sur la « possibilité d’une nouvelle expérience religieuse ».

Préface 7 plus encore que par ses contenus, à sortir du confort de leurs propres certitudes et à inventer autrement, toujours à partir et à l’intérieur d’un contexte socioculturel particulier, de nouveaux chemins d’expérience pour une foi librement et raisonnablement exposée aux défis, à partager avec tous, du monde à venir. Francis Guibal