NOUVELLES DE JÉRUSALEM - Pâques 2018

ecolebiblique

Les Nouvelles de Jérusalem sont une revue d'informations de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem, réalisées 2 fois par an. Elles donnent un aperçu des travaux en cours en exégèse comme en archéologie, ici à Jérusalem. En voici le troisième numéro couleurs en ligne. Les articles alternent français et anglais.

Nouvelles de Jérusalem

Lettre aux amis de l’École biblique

et archéologique française

N° 95 - Pâques 2018

École

biblique e

archéolog

française

Jérusalem


A Dominican Biblical institute housed at the priory of St Stephen

since 1890, the École biblique et archéologique française de

Jérusalem welcomes students and researchers from all over the

world and offers them a unique study experience.

The École thus continues the project of its founder, Father Marie-

Joseph Lagrange: to study the Bible in the land of the Bible, to

bring together both ‘document’ and ‘monument’ in an academically

rigorous way. To do this, the École offers an exceptional study

environment:

Specialised library

International team of teacher-researchers

Regular visits to archaeological sites

Fraternal atmosphere to foster dialogue

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Éditorial

Contre vents et marées

Chers amis de l’École biblique,

Pâques nous paraît une fête un peu abstraite : à Noël, on fête l’Incarnation

de Dieu, on se retrouve devant la crèche et on adore l’Enfant divin. Mais

Pâques ? La Résurrection du Christ elle-même reste hors de notre perception.

Elle se perçoit plutôt par ses effets : la foi et l’espérance des croyants

qui rendent témoignage de l’Évangile.

À Jérusalem, cette histoire devient concrète. Au-delà de ses cours et séminaires,

de sa bibliothèque de renommée mondiale et d’une communauté de

chercheurs, l’École biblique et archéologique offre à ses étudiants l’occasion

de voir le pays lui-même, les lieux saints, de Gethsémani au Saint-Sépulcre.

Ce lien entre les études bibliques et le pays de la Bible remonte au

Père Lagrange et constitue un élément caratéristique de notre institution.

Ce numéro des Nouvelles de Jérusalem veut vous faire percevoir que malgré

l’instabilité politique persistante au Moyen-Orient, l’École poursuit

sa mission. La joie de Pâques qui approche nous y aide, ainsi que

votre fidèle soutien. Nous vous souhaitons de belles fêtes de Pâques et

vous remercions de votre fidèle solidarité.

In Jerusalem, the history of our faith reveals its concrete side. The École

biblique et archéologique offers the unique possibility not only of classes

and seminars, but also visits around the country and its holy places. Highlighting

this connection between the Bible and the land of the Bible

goes back to Father Lagrange himself. This new edition of the Nouvelles

de Jérusalem wants to underline that we keep our mission despite of the

political instability. This is why your solidarity is so important to us. We

wish you a Blessed Easter and thank you for your constant support.

École biblique et archéologique française de Jérusalem

Nablus road 83-85 -POB 19053 -IL 911 9001 Jerusalem

Tél. : 972 2 626 44 68 ext 238 - Fax. : 972 2 628 25 67

www.ebaf.edu - secretariat.ebaf@gmail.com

Fr. Martin Staszak, o.p.

Prieur du Couvent Saint-Étienne

Couverture : Vue du Wadi Arugot, à Ein Gedi près de la Mer Morte.


Bible

A Doctoral Defense on the Song of Songs

at the École biblique

Archéologie

Ce que les os travaillés de Tell el- Far’ah nous racontent

Prof. Gary Anderson, one of the

members, about the Nina Heereman’s

Dissertation Defense: “Behold

King Solomon on the Day of

His Wedding”: A Symbolic-Diachronic

Reading of Song 3:6-11

and 4:12–5:1.

The heart of this dissertation is a close

reading of Song of Songs: 3:6-11

and 4:12-5:1. In these chapters,

Heereman argues that the erotic

imagery cannot be separated from

its symbolic dimension. In her discussion

of 3:6-11 the focus is on the

litter that Solomon sends to fetch

his bride. When read literally, this

section describes the bringing of a

bride to Solomon in Jerusalem. But

the imagery exceeds this mundane

function: the bride is brought up

from the wilderness to Jerusalem in

a litter that abounds in spices that

are proper to the temple cult.

For this reason a symbolic reading

is proposed: the litter represents the

Ark of the Covenant in its journey

from the wilderness of Sinai to the

Temple that Solomon constructed

for it. Given that the founding

of temple cults in the ancient Near

East often concluded with a sacred

marriage, Heereman argues that the

Song also understands the denouement

of this journey through the

sacrament of marriage. In 4:12-5:1

we encounter the famous passage that

depicts Solomon’s “sister-bride”

as “an enclosed spring, a closed

garden, a sealed spring”. Having

detailed the luxuriance of the garden,

the poem concludes with the

king’s majestic entrance. Crucial

to this chapter is the association of

gardens with royalty in the ancient

Near East and the linkage of such

gardens to Eden and the promised

land. Because the royal garden

was such a multivalent symbol, a

host of themes emerge as possible

contestants for the poem’s deeper

meaning.

Among the possibilities are: the

entrance into the promised land as

an eschatological goal for Israel

and the garden as the embodiment

of wisdom and Torah. In a word,

the symbolic register of the Song

is not a secondary, post-canonical

supplement, but arises organically

from the literal sense of the Song.

Prof. Gary Anderson

Hesburgh Professor at University

of Notre Dame, Indiana.

Docteur en archéologie de la Sapienza

de Rome et de l’Université

Paris Ouest (Nanterre), Giacoma

Petrullo est spécialisée dans l’étude

de « l’industrie osseuse », c’est à

dire l’étude des ossements d’animaux

utilisés pour fabriquer des

outils ou des objets de culte.

De passage ici, j’étudie les ossements

retrouvés à Tell el- Far’ah, un

site de Cisjordanie fouillé en 1946

par l’École biblique. Je m’intéresse

autant à leur valeur technologique,

fonctionnelle que culturelle : la

façon dont ils sont fabriqués, dont

ils sont utilisés et dont ils s’inscrivent

dans une culture propre. Et

je constate que le travail des os varie

d’un groupe producteur à l’autre, et

définit la singularité de ces groupes.

En effet, les études en anthropologie

et ethnologie montrent qu’au

sein des groupes, chaque membre

acquiert un savoir idéologique et

pratique qui affecte ses comportements

quotidiens : ce savoir acquis

à la naissance et affiné avec l’expérience

forge peu à peu un sentiment

d’appartenance au groupe et à sa

tradition culturelle.

Les choix bien particuliers adoptés

par le groupe révèlent cette identité

: le savoir-faire renvoie à un modèle

propre dont le décodage révèle

des marqueurs culturels spécifiques

au groupe producteur. L’étude technologique

(comment l’outil est-il

réalisé ?) et fonctionnelle (quelle est

sa fonction ?) des outillages permet

de décomposer la chaîne opératoire

de production en étapes, allant de

l’acquisition de la matière première

à la fabrication et à l’utilisation des

objets, en identifiant et isolant des

choix particuliers et répétitifs.

4 5


L’étude technologique permet de

définir les actions de débitage et de

façonnage : par débitage j’entends

la façon de découper l’os pour

obtenir un ou plusieurs supports,

alors que le façonnage renvoie à la

phase de mise en forme du support.

Bible en ses Traditions

Premier bilan d’un assistant

Au XX ème siècle, l’étude de ces

objets fabriqués à partir de matières

dures d’origine animale a

commencé à jouer un rôle considérable.

Ces matières souvent délaissées

par les archéologues furent

pourtant une source précieuse

d’approvisionnement à plusieurs

époques, car elles permirent la

fabrication d’objets de valeur utilitaire

ou symbolique. Ces objets

s’inscrivent facilement dans les

activités quotidiennes du groupe :

par exemple, dans les contextes

nord-africains du Néolithique, les

spatules en os aidaient à la fabrication

de céramique ; les pointes en

os à celle de récipients en cuir ou

en fibre végétale ; les pendentifs en

os et en dent avaient quant à eux

probablement une valeur cultuelle.

Ma méthode d’analyse a donc pour

but de reconstituer les procédures

de fabrication et d’utilisation des

objets, par l’identification des

traces techniques au microscope.

Parallèlement l’étude fonctionnelle

permet de définir le rôle des outils

osseux au sein du groupe, de ses

activités et de son organisation.

Ces deux analyses reposent sur

l’observation au microscope et sur

l’archéologie expérimentale.

Le frère Jean-Baptiste Humbert

m’a invitée à travailler à l’École

biblique et archéologique dans

l’idée de réexaminer avec de nouvelles

méthodes ces matériaux découverts

il y a maintenant 70 ans.

La stratigraphie très complexe de

Tell el-Far’ah compte des niveaux

de l’ère chalcolithique, de l’âge du

bronze, du fer et même de la période

romaine. Lorsque l’étude des

os sera terminée, il sera possible

d’avoir une vision dans le temps de

la production osseuse dans ce site.

Giacoma Petrullo

Archéologue, chercheuse associée

à l’École biblique.

Je m’appelle Clément Millet, j’ai

vingt-deux ans et je vis cette année

à l’École biblique de Jérusalem

en tant que jeune chercheur

dans le cadre du programme de

recherches La Bible en ses traditions.

Après être passé par une

classe préparatoire littéraire à

Paris et avoir terminé ma licence

de lettres classiques à l’Université

de Florence, j’ai décidé de faire

une année de césure au sein de la

BEST pour m’initier pleinement à

l’histoire des textes, à la théologie

et à l’exégèse.

La Bible en ses Traditions, probablement

déjà bien connue des

lecteurs des Nouvelles de Jérusalem,

se présente sous la forme

d’un rouleau virtuel des Écritures.

Le texte apparaît verset par verset,

encadré de notes sur le texte luimême,

son contexte de rédaction,

et l’histoire de sa réception. Cet

intérêt pour la réception biblique

est probablement l’une des plus

importantes caractéristiques du

projet et probablement l’un des

arguments qui m’y a fait adhérer.

Chaque communauté a perçu, lu et

interprété le texte selon l’époque

et le lieu auxquels elle appartient.

C’est pour moi le trésor de la

tradition au sens large, véritable

preuve, vrai témoin de l’inspira-

6 7

Lettre aux amis de l’ÉBAF - N° 95 - Pâques 2018


tion, de la vivacité et de l’intensité

d’un texte biblique resté vivant

même plus de deux mille ans après

sa rédaction. Un autre intérêt fondamental

du projet est celui qui est

porté à la polyphonie des textes :

que l’on pense aux textes du Massorétique,

de la Septante ou de la

Vulgate, tantôt écrits en hébreu, en

grec ou en latin. Chaque variante

du texte donne une interprétation

selon sa langue, sa grammaire et

son vocabulaire mais également

selon la lecture qu’en fait sa communauté

et selon les références de

cette même communauté.

La Bible en ses Traditions s’attache

ainsi à présenter le texte

biblique dans tous ses états face

à ses traditions. Comme il existe

un trésor de la langue française,

la BEST m’apparaît comme étant

le trésor biblique présenté dans

toute sa richesse ! Depuis le mois

d’octobre 2017, nous sommes

quatre « jeunes chercheurs » issus

de différents horizons universitaires

: l’histoire, la philosophie

et les lettres classiques. Notre

« mission inaugurale » a été de

répondre aux questions des utilisateurs

du rouleau en ligne, et cela

a été une bonne manière pour nous

de nous approprier le projet et de

nous familiariser avec son format

(typographie, bibliographie, écriture

synthétique, etc.). C’est ainsi

que j’ai rédigé des notes de synthèse

sur les sacrifices dans l’Ancien

Testament, la symbolique des

chiffres dans la Bible ainsi que sur

la langue et l’écriture dans la mystique

juive et la gématrie, un procédé

herméneutique de la Kabbale.

La Bible en ses Traditions est une

méthode d’apprentissage redoutablement

efficace. Ce domaine de

la mystique juive, de la kabbale,

m’était entièrement inconnu, désormais

il ne l’est plus tout à fait.

Ce premier semestre a surtout été

consacré en ce qui me concerne

à l’Ancien Testament. C’est ainsi

que j’ai traduit le livre de Jonas et

une partie du Lévitique, pour accompagner

le texte massorétique

de ses variantes grecques et, pour

certains versets, latines. Le second

semestre sera quant à lui plutôt

consacrer à la critique littéraire du

Nouveau Testament tout en continuant

mon travail de traduction.

Clément Millet

Assistant de recherche

à La Bible en ses Traditions

Publication

Just Published by the BEST: Hosea

Eugen Pentiuc et al., Hosea. The

Word that Happened to Hosea (The

Bible in Its Traditions) Peeters, 2017.

Facing a Poet

Since Hosea is often despairingly

difficult to understand, even at the

basic grammatical level, translating

it into English (a non-Semitic

language with a rigid word order)

is a challenge. It is a truly poetical

book with a predilection for wordplay,

ambiguity, and paradox. This

text intends also to form its reader:

to question, shock, give hope, or

simply to get him involved. There

is much in this Book which happens

between the lines as well as

between the individual reader and

the text. Our rendering is therefore

deliberately literal and tries to be

not less and also not more clear than

the original. Even when we provide

notes on grammar and vocabulary,

we do not intend to explain the text

away but rather make explicit the

interpretative possibilities.

By definition The Bible in Its Traditions

preserves the traditional

texts and keeps the emendations at

bay, presenting them as hypotheses

in the text criticism notes. Our

reader has thus an opportunity to

understand why the Book of Hosea

is difficult and why it produced diverse

interpretations in history.

↑ Incipit of the Book of Hosea, Bible with

interlinear gloss and the Glossa ordinaria

from Abbaye d’Anchin (Pecquencourt,

France) 1131-1165 (Morgan Library &

Museum, New York, MS M.962)

8

Lettre aux amis de l’ÉBAF - N° 95 - Pâques 2018

9


Reconnecting

In The Word that Happened to Hosea,

the reader faces the four interposed

traditional texts: M, V, G, and

S, with all their variety. This publication

allows more than just a linear

exposition of the book. In fact, since

the observed patterns usually develop

in time, one page from The Bible

in Its Traditions series furnishes the

material for a kind of “4-D reading

experience”.

Reading Hosea through the strands

of the Tradition gets us something

more than just resurrecting an image

of the historical prophet; indeed, it

has always been also about connecting

with the Word which has never

ceased to be productive. At least in

this sense, one can experience that

this prophetic book has never been

silent, as if it were some piece of

ancient writing, only recently discovered.

On the contrary, thanks to

the history of reception, the Book of

Hosea can be experienced as a truly

living word: changing, multifaceted,

and always meaningful.

The oldest interpretations accessible

through the comparison of versions

as well as Jewish and Christian

commentators may also shape

our contemporary way of reading.

For this reason, the quotations

of the Church Fathers make for a

significant portion of our volume;

some of them have been translated

into English for the first time. The

traditional commentators never

neglected the historical context of

Hosea, and yet, it did not impede

them from seeking in those ancient

words something relevant for their

present reality.

Connecting Today

For all the contributors of this volume,

working together also has been

a long lesson in humility and collaboration.

Although we are able to

trace every single intervention in the

writing process, there is literally not

a single verse or note in this volume

that would not have been revised,

expounded, corrected, or edited by

many heads and hands. Working online

allowed even a round the clock

editing, because when we were

finishing in Jerusalem, others were

ready to take over the work in North

or South America. If I may use here

an image taken from the beekeeping

which takes place in the garden of

the École, let me say that many a

bee visited many a flower to fill this

plaster.

Fr. Łukasz Popko, OP

Lecturer at the École biblique

Étudiants

Trésors de la Samarie-Galilée

Comme les rois mages en Galilée, une

douzaine d’étudiants de l’École biblique

et archéologique ont suivi des

yeux (et des oreilles !) les indications

de Rosemary Le Bohec et des frères

Dominique-Marie Cabaret et Łukasz

Popko, lors d’un séjour d’étude en

Samarie-Galilée du 27 novembre au

1 er décembre 2017.

Sous la protection du bienheureux

Don Alvaro del Portillo, de saint

Charbel et de la Vierge Marie, fièrement

et non moins pieusement

exposés à l’avant du bus par le

chauffeur, les étudiants ont pris la

route en direction de l’ouest de la

Galilée, où ils ont effectué leur première

halte sur le tell de Megiddo.

Si le site citant le livre de l’Apocalypse

(16,16) affiche à l’entrée

qu’il s’agit du lieu de l’Armageddon

selon la tradition chrétienne,

telle n’était pas la raison de l’exploration

du site. C’est bien plutôt

la porte en tenaille du Bronze Ancien,

flanquée de quatre chambres,

véritable cœur de la vie sociale de

son époque – servant entre autre au

commerce, à la piété, à la justice

et, le cas échéant, à la défense de

la cité – qui retint l’attention des

jeunes archéologues. Ils poursuivirent

ensuite leur route à travers

les autres vestiges du lieu jusqu’au

système d’eau, construit par les

10 Lettre aux amis de l’ÉBAF - N° 95 - Pâques 2018

11


2

rois d’Israël 36 mètres sous terre.

La journée se poursuivit avec les

impressionnantes tombes de Beth

She’arim aux portes en pierre taillée,

abritant de nombreux sarcophages

; la célèbre mosaïque de

Sepphoris, datant de la période romaine

et représentant celle que l’on

nomme, à raison, tant sa beauté est

saisissante : la « Mona Lisa de Sepphoris

» 1 ; ainsi que la Basilique de

l’Annonciation, à Nazareth, afin de

laisser raisonner dans le cœur de

chacun l’annonce faite à Marie et

le fiat qu’elle eut pour réponse.

1

L’évangile à la main pour mieux

l’avoir en tête et sur les lèvres, les

étudiants se dirigèrent pour leur

deuxième journée vers Capharnaüm,

sur les bords du lac de Galilée,

afin d’observer de près les

fouilles récentes de la « maison

de la belle-mère de Pierre ». Cette

journée fut également celle de la

découverte de Gamla, la « Massada

du nord », fondée par les Séleucides

au III ème s. av. J.-C. et devenue

la principale place forte de Galilée,

deux siècles plus tard, afin de faire

face aux aspirations romaines de

conquête. En plus de Tabga et Magdala,

un autre site fut présenté aux

élèves de l’Ecole : Hippos, lieu où

le temps semble suspendu 2 . Fondée

durant la période hellénistique,

la cité fut le lieu de résidence de

païens qui se convertirent au christianisme,

comme en témoignent les

ruines romaines et byzantines de

lieux de culte.

Quittant la côte du lac de Tibériade

pour la haute Galilée et le

plateau du Golan, le groupe a fait

escale à Hatzor et Horvat Omrit

avant de se rendre à Tel Dan, lieu

où fut trouvée une stèle éponyme,

comprenant une inscription en

araméen, possiblement érigée au

IX-VIII ème s. av. J.-C. Tel Dan fut

également l’occasion d’étudier un

sanctuaire dont la plus ancienne

strate remonte au X ème s. av. J.-C.

ainsi que deux portes de périodes

différentes : l’une en brique, datant

du Bronze et l’autre bâtie sur des

pierres cyclopéennes datant du Fer.

La journée s’est poursuivie par la

visite du temple de Pan et du palais

d’Agrippa II dans la réserve naturelle

de Banias, et s’est conclue par

un passage au sein de la forteresse

de Nemrod, bâtie aux environs de

1229, à 800 mètres d’altitude, par

le neveu de Saladin afin de protéger

la région des troupes croisées.

Pour leur quatrième jour d’étude,

les apprentis explorateurs mirent

le cap au sud afin de découvrir

une autre forteresse croisée, celle

de Belvoir – également nommée

Kokhav ha Yarden, Étoile du Jourdain

– tenue par l’ordre des Hospitaliers

de 1168 à 1189. Ils remontèrent

ensuite le temps lors de leur

escale à Beth Shean, cité portant

encore la marque de ses différents

occupants : égyptiens, israélites,

grecs, romains, byzantins, arabes.

Enfin, les étudiants s’arrêtèrent à

la synagogue de Beth Alpha – dont

la mosaïque du V ème s. représente

les signes du zodiaque – avant de

rejoindre Tell el Farah qui fut fouillée,

dans les années 1940-60 par

les dominicains de l’ÉBAF sous la

direction du frère Roland de Vaux.

La dernière journée du voyage

d’étude vit le jour se lever sur une

terre nouvelle : la Samarie. Au programme

: visite des vestiges romains

et byzantins de Sébaste ; du

Puits de Jacob où le Christ rencontra

la samaritaine et promit la « source

d’eau qui jaillit jusque dans la vie

éternelle » (Jn 4,14) ; Tell Balata,

site comprenant des constructions

datant de la période du chalcolithique

; et, pour conclure, le Mont

Garizim, lieu saint des samaritains.

Dans Les misérables, Victor Hugo

écrit : « Voyager, c’est naître et

mourir à chaque instant ». Soyons

en certains, ce voyage d’étude en

Samarie-Galilée aura non seulement

permis l’acquis de connaissances

nouvelles, mais également

pétri et renouvelé l’approche des

lieux bibliques et de l’archéologie

de chacun des étudiants.

Nicolas Esnault

Diacre en vue du sacerdoce, Diocèse

de Rennes, Étudiant à l’École biblique

12

Lettre aux amis de l’ÉBAF - N° 95 - Pâques 2018


Academic staff

Yunus Demirci,

a New Teacher of Archaeology

I am a PhD candidate in Archaeology

at the Hebrew University of

Jerusalem, currently writing my

thesis under the supervision of

Prof. Zeev Weiss and Prof. Gideon

Foester on: Asia Minor Synagogues

in Late Antiquity (3rd-7th

Centuries CE) in their Urban and

Religious Contexts: Light from

Archaeological and Literary Evidence.

After my undergraduate studies

in Turkey, I became a Capuchin

friar in the Emilia-Romagna Province.

Having studied philosophy

and theology at the Pontifical

Ateneo Antonianum of Rome in

Bologna, I then earned my MA in

Biblical Science and Archeology

in 2011 at the Studium Biblicum

Franciscanum in Jerusalem. After

a semester in the department

of Archeology at the University

of Ege in Izmir, I started my PhD

program at the Hebrew University

during the spring semester of

2012 and my subject is approved

by the University commission on

July 2013. As student, I took part

in several field campaigns in Israel,

including excavations from

the Chalcolithic era (Ein El Jarba,

April and August 2013), the Iron

age (Tel Dor, July 2013), and from

the Roman and Late Roman periods

(the synagogue at Arbel, August

2012, Wadi Hammam, October

2012, and Tiberias, February

and October 2013).

In connection with the Hebrew

University Program, I was able

to personally examine numerous

archaeological sites: Ephesus,

Teos, Miletus, Tralles, Cnidos,

Milas, Iasos, Nysa, Myndos, Pergama,

Sardis, Hierapolis, Laodicea,

Hyllarima, Limyra, Andriake,

Side, Patara, Letoon, Xantos, and

Telmessos. I was also able to visit

and study museums at Antalya,

Side, Kütahya, Burdur, Eskişehir,

Adana, Hatay, Aydın, Izmir, Antioch

of Pisidia, İzmit, Ephesus,

Manisa, Konya, İstanbul and Göre

(Nevşehir). With the permission of

the Department of Antiquities in

Ankara, I worked in Turkey with

the team of Austrian Archaeologists

at Limyra and I also served

as a member of the team of Italian

archaeologists at Mopsuestia.

Over the last two years, I participated

in two different workshops.

The first one: The Jewish Diaspora

during the 2nd-7th Centuries:

Evidence and Interpretations held

at the University of Haifa and Tel

Aviv University (November 2-3,

2015). And the second: Religious

Change in Central and South-

East Anatolia, organized by DAI

Istanbul, Orient Institut Istanbul,

Forschungsstelle Asia Minor and

the Cluster of Excellence “Religion

& Politics” at Münster University,

as well as by the Center

for Religious Studies (CERES)

and the Käte Hamburger Kolleg at

Ruhr-Universität, Bochum (June

3-4, 2016).

I am currently in the last year of

my PhD program, which I hope to

complete by the summer of 2018.

My course at the École biblique,

which bears the title «Archaeology

and Its Methdology», will

deal with the recent discussions

on two major disciplines of classical

archaeology: the contextualbased

stratigraphy and the stylistic-based

analysis.

Yunus Demirci, OFM Cap.

Lecturer at the École biblique

14 Lettre aux amis de l’ÉBAF - N° 95 - Pâques 2018


Photothèque

Bibliothèques d’Orient :

une nouvelle plate-forme numérique

Au début de l’année 2016, l’École

biblique et six autres institutions

françaises du Proche-Orient, parmi

lesquelles l’Institut dominicain

d’études orientales du Caire, ont

rejoint la Bibliothèque nationale

de France pour un projet de bibliothèque

numérique : Bibliothèques

d’Orient.

16

Piloté par la BnF, le projet consiste

à mettre à disposition une sélection

de documents rares ou anciens

illustrant l’histoire du Levant, de

la fin du XVIII ème siècle à 1945

et conservés par la BnF ou l’une

des bibliothèques partenaires. Les

documents sont répartis en sept

rubriques thématiques : Carrefours,

Communautés, Religions, Savoirs,

Politique, Imaginaires et Personnalités.

Accompagné de nombreux

textes de contextualisation rédigés

par des chercheurs et des experts du

Proche-Orient, le tout est disponible

sur un portail dédié, dans une interface

trilingue en français, anglais et

arabe, Gallica.

Au-delà de la simple exposition

virtuelle, le projet participe à la protection

d’un patrimoine écrit parfois

menacé, conservé dans des zones

au contexte géopolitique qui peut

s’avérer instable. La mise en ligne

a d’ailleurs été parfois précédée

d’opérations de restauration. Lors

de son lancement en septembre

2017, la plate-forme recensait environ

7000 pièces numérisées, et devrait

s’enrichir.

À ce jour, l’École biblique y a

contribué avec près de 400 documents

photographiques et cartographiques,

tirés de ses collections

patrimoniales. Les 200 photographies,

sélectionnées avec Jean-

Michel de Tarragon, o.p., chargé

de la photothèque, ne représentent

qu’une infime partie des collections

du couvent, qui en compte près de

Lettre aux amis de l’ÉBAF - N° 95 - Pâques 2018

25 000. Prises lors d’excursions et

campagnes de fouilles de l’École

depuis sa fondation, elles offrent

de découvrir objets et sites archéologiques,

expéditions scientifiques

et scènes de la vie quotidienne,

portraits et cérémonies religieuses.

Le fond de cartes, constitué au fil

du temps par les pères de l’École,

selon les cours et les expéditions,

réunit de nombreuses cartes de

l’époque du Mandat britannique.

L’apparence démontre qu’elles ont

connu les rigueurs du désert. Leur

ensemble constitue un assemblage

éclectique de cartes géologiques,

de plans de villes anciennes et modernes,

de cartes de pèlerinages et

de cartes manuscrites dessinées par

les dominicains eux-mêmes.

Pendant plusieurs mois, les catalogueurs

de la bibliothèque se sont

attelés à ce travail de titan, analysant

méthodiquement les 400

documents pour fournir les métadonnées

accompagnant les fichiers

numériques. Une attention toute

particulière a été portée au choix des

mots-clés et des rubriques, afin de

retrouver les documents plus facilement.

Les légendes déjà existantes

des photographies ont été remises

en forme de manière synthétique,

selon les normes de description.

Quant au catalogage des cartes, il

a nécessité de longues et délicates

manipulations, directement à partir

des documents parfois très fragiles.

Les photographies, déjà numérisées

par le fr. Jean-Michel, ont pu être

mises en ligne dès le lancement de

la plate-forme en septembre dernier.

La numérisation des cartes, encore

en cours, permit une nouvelle coopération

avec le département de

géographie de l’Université de Bir

Zeit. Leur mise en ligne devrait

avoir lieu cette année.

Tout comme l’exposition Chrétiens

d’Orient de l’Institut du Monde

arabe, pour laquelle l’École a prêté

une partie de ses collections photographiques,

le projet Bibliothèques

d’Orient participe au rayonnement

de l’École, à travers la découverte,

par un large public, de la richesse de

ses collections patrimoniales.

Marie Bordillon et Anaïs Steinbach

Volontaires à la Bibliothèque


Photothèque Bible in Jerusalem 2018

Quand l’ÉBAF s’expose à l’Institut du Monde Arabe

Il pleuvait à Megiddo !

À Paris, l’Institut du Monde Arabe

a monté une exposition sous le

titre Chrétiens d’Orient, 2000 ans

d’histoire, du 26 septembre 2017

au 14 janvier 2018. Dans la salle

de l’époque ottomane, le couvent

Saint-Étienne présentait dix tirages

photographiques extraits de l’exposition

éponyme montée par le fr. de

Tarragon en 2014 d’abord à la Mairie

du 5 e arrondissement, Paris, puis

à quatre autres sites, dont Rome.

Une des deux Commissaires de

l’exposition était une ancienne

élève de l’École, M me Raphaëlle

Ziadé ; elle connaissait bien le

fonds photographique, et avait suggéré,

avec sa collègue, M me Élodie

Bouffard, de présenter sur un grand

mur d’abord huit grands tirages

côte à côte, dont le panorama de

Jérusalem de 1898, du fonds des

Pères-Blancs, qui mesure 2,15 m.

Puis, dans la salle consacrée au sort

des Arméniens, deux autres de nos

tirages complètent notre participation

; il s’agit de plaques de verre

du fr. Savignac, prises en 1917 au

bord du Canal de Suez, montrant

l’accueil des rescapés du génocide

par l’armée française du Levant.

L’exposition parisienne ira ensuite

à Tourcoing. Elle connaît un succès

mérité.

Fr. Jean-Michel de Tarragon, o.p.

Responsable de la photothèque

Cette année encore Bible in Jerusalem

a réuni une quinzaine de jeunes

frères dominicains spécialisés dans

les études bibliques : plus de dix

nationalités et quatre continents représentés

(puisque nous avons été

rejoint cette année par des frères

d’Australie et d’Afrique). C’est dire

si avant d’être une réunion de spécialistes,

cette rencontre est d’abord

une belle occasion de goûter l’internationalité

de l’Ordre des prêcheurs

et de la recherche biblique !

En effet, quoi de plus passionnant

pour un jeune frère étudiant la Bible

que de découvrir que des USA

au Nigeria, de la Colombie à la Pologne,

c’est le même désir de comprendre

toujours mieux les Saintes

Écritures, dans le fond comme dans

la forme !

Au programme, donc, des échanges

: chacun a pu partager un sujet

de ses recherches actuelles. Nous

avons ainsi parcouru tout le spectre

des questions qui animent les études

bibliques ; depuis les très techniques

problèmes lexicaux de traduction

du texte hébreu en syriaque, jusqu’à

des réflexions herméneutiques sur

la définition de ce qu’est le « sens

littéral », en passant par des exercices

de lectures patristique, archéologique

ou encore narrative de textes

bibliques !

Comme chaque année, en plus de

ces présentations, nous avons pu

travailler ensemble sur un texte particulier

dans le cadre du programme

de recherche BEST. En ce début

d’année 2018, nous nous sommes

penchés sur la grande vision du

trône dans le livre de l’Apocalypse

(Ap 4). Là encore, entre les premières

traductions latines et les récentes

interprétations dispensationnalistes,

c’est à peine si un coin du voile a été

levé sur les infinies potentialités de

ces 11 petits versets !

À ce programme une excursion archéologique

est également toujours

ajoutée ! Pour rester dans le thème

apocalyptique nous avons eu la joie

de découvrir le site de l’antique ville

de Megiddo (c’est l’Armageddon,

littéralement « la montagne de

Megiddo », où le Livre de l’Apocalypse

situe l’avant dernière bataille

eschatologique).

Joie augmentée du fait que nous

avons eu la chance inestimable d’être

guider sur les lieux par Matthew

J. Adams, qui est à la fois directeur

de l’Albright Institute of Archaeology

(vénérable institution dont

18 Lettre aux amis de l’ÉBAF - N° 95 - Pâques 2018

19


Biblical International Meetings

From Berlin to Boston

les locaux sont voisins de l’École

biblique) et co-directeur des fouilles

de Megiddo et de sa région.

Matthew, qui est donc un des meilleurs

connaisseurs de ce site, avait

d’ailleurs été invité la veille au soir

à donner une conférence sur ses

recherches archéologiques dans le

cadre des Conférences du Jeudi de

l’École !

Il faut cependant préciser que si la

visite a eu quelque chose d’apocalyptique,

ce n’était pas uniquement

dû au choix du lieu, mais aussi à

la tempête, trombes d’eau et vents

glacés, qui accompagnèrent et finalement

écourtèrent un peu notre parcours

! L’incroyable bonne humeur

de Matthew et sa passion communicative

du site ne furent pas de trop

pour réchauffer notre petit groupe

trempé jusqu’aux os. Cependant la

pizza qui nous fut offerte sur le chemin

du retour à Jérusalem fut aussi

pour beaucoup dans le bon souvenir

que nous garderons de Megiddo !

Chaque participant ayant pu, durant

ces quelques jours de rencontre,

refaire le plein de Terre Sainte et

d’étude des Écritures, qui font le

charme inaltérable de l’École biblique,

c’est d’une seule voix au moment

de se quitter que nous avons

pu refaire nôtre l’antique formule

juive : « À l’année prochaine à

Jérusalem » !

Fr. Pierre Martin de Marolles, o.p.

Dominicain de la Province de

Suisse, licencié en théologie de

l’Université de Fribourg

The presence of the École biblique

at the annual meeting of the

International Society of Biblical

Literature was quite noteworthy

this year. The meeting, which was

the largest ISBL meeting held to

date, took place at Humboldt University

in Berlin, August 7–11. All

together six persons connected

with the École delivered papers.

The Old Testament was well represented

by Łukasz Popko, OP,

and Nina Heereman. Fr. Popko

presented a paper in the Septuagint

section entitled, There and

Back Again: Hos 6:11 in the LXX,

MT, and Modern Scholarship as

a Case Study. In his close analysis

of the passage, he discussed

the Masoretic verse division and

questioned the criteria that have

made modern scholars bracket the

traditional text. Ms. Heereman,

who successfully defended her

dissertation in October, participated

in a special closed section consecrated

to Wisdom in Israel and

in Ancient Near Eastern Wisdom

Literature, where the topic of allegory

was the announced agenda.

Her contribution Where is Wisdom

to be Found? Rethinking the Song

of Songs’s Solomonic Setting: The

Royal Road to Allegory, drew on

some key findings from her doc-

20 Lettre aux amis de l’ÉBAF - N° 95 - Pâques 2018

21


toral research and stressed the

role of ANE royal ideology as the

background for rightly reading

the Song of Songs as a Solomonic

book.

Two Neutestamentler also made

presentations. Anthony Giambrone,

OP, delivered a paper in the

Historical Jesus section, where the

discussion this year focused upon

historiography of the so-called

“Third Quest”. His talk was entitled

‘Die größte Tat der deutschen

Theologie’: Schweitzer, Lagrange,

and the German Roots of Historical

Jesus Research and, together

with the other presentations, it

will be published in a special issue

of the Journal for the Study of the

Historical Jesus. Gregory Tatum,

OP, in his turn, made an energizing

and substantial presentation as the

centerpiece of a special, ecumenical

panel sponsored by the École.

Playing on the 500 th anniversary

of the Reformation, Fr. Tatum’s

paper offered A Participationist

Eschatological Reading of Justification

in Galatians, Philippians,

and Romans. Douglas Campell of

Duke University and Mark Elliot

of St. Andrew’s in Scottland were

the invited respondents. The timely

topic clearly struck a chord,

since the room was too small to

hold the large number of eager listeners.

Another special event, a “Fireside

Chat”, was organized one evening

around Émile Puech, who was an

invited guest of Prof. Bernd Schipper

and the meeting organizers.

The lovely room in the faculty

of theology building was filled to

capacity and all enjoyed the delightful

and interesting interview,

at once personal and professional,

which honored Fr. Puech’s long

and illustrious career as a scholar

of the Dead Sea Scrolls.

Dennis Halft, OP, finally, a friar

of the Province of Teutonia,

who is offering lectures and living

at the École this year, also

made a very erudite presentation,

The Roman Arabic Vulgate in

17th-Century Persia: Some Notes

on the Cross-Cultural Effects of

the First Edition of the Gospels

in Arabic Translation. The paper

explored the biblical sources used

by Twelver Shiite scholars in Safavid

Iran and was delivered in the

EABS section The Bible in Arabic

in Judaism, Christianity, Islam.

The impressive diversity in methodologies

and fields of research,

the creativity and high quality

of all the various presentations

offer an encouraging sign of the

vitality and balance of biblical

research at the École. From an

honored professor emeritus to a

newly minted doctor, from three

regular professors to a visiting

lecturer completing a post-doc

project, the signs of a robust intellectual

community were on admirable

display in Berlin.

In November, the École was once

more represented at the SBL Annual

Meeting in Boston, which

hosted more than 1,200 academic

sessions over the course of four

days. Frs. Olivier-Thomas Venard,

Gregory Tatum, and Lukasz

Popko offered various presentations

and the massive exposition

of bible books and software provided

an occasion for the brothers

working on the Bible in its

Traditions project to celebrate the

publication of Hosea, the first biblical

book entirely annotated on

the BEST model. Encounters with

potential contributors and a large

number of former students and

friends from all over the world

were made possible thanks to the

hospitality of Peeters, who put a

special, well-placed stand at the

disposal of the EBAF. The meetings

in both Boston and Berlin

allowed the École to make an excellent

impression and advance its

international reputation.

Fr. Anthony Giambrone, OP

Lecturer at the École biblique

22

Lettre aux amis de l’ÉBAF - N° 95 - Pâques 2018


Portrait

Marcel Sigrist, un assyriologue en Alsace

Il est toujours difficile de faire ses

adieux, surtout après tant d’années

au même endroit. Le fr. Marcel Sigrist,

o.p., a décidé de revenir dans

son Alsace bien-aimée. Malgré la

tristesse, jetons un regard sur ces

années passées ensemble.

Paradoxalement, cet Alsacien de

cœur est né en Haute-Vienne en

1940, mais « ceci doit être vite

oublié » ! Après la 2 nde Guerre

mondiale, il regagne l’Alsace au

séminaire diocésain. Ses études à

l’Université de Strasbourg en théologie

interrompues par le service

militaire en Algérie, il entre chez

les Dominicains à Lille et étudie au

Saulchoir.

24

Deux versions à sa venue à l’École

en 1969 ! D’un sourire espiègle :

« J’étais le pire étudiant, ne pouvant

étudier le thomisme ou la

philosophie, on m’envoya étudier

la Bible » ; ses notes et la mention

cum laude à sa thèse de lectorat 1

m’en font douter. L’autre version est

plus probable : assigné au couvent

d’Helsinki, Marcel aurait demandé

à approfondir sa connaissance de

l’Écriture, la Finlande étant un pays

protestant. Peu importe la raison, il

étudia à l’École et rendit deux mémoires

sous la direction du fr. François

Langlamet, réussit ses examens

devant la Commission biblique

pontificale, obtenant le Baccalauréat

et la Licence en Écriture sainte.

Lettre aux amis de l’ÉBAF - N° 95 - Pâques 2018

Le projet de la Finlande fut abandonné

: Raymond Tournay et Pierre

Benoît l’avaient choisi pour étudier

l’assyriologie. Il partit à l’Université

de Yale aux États-Unis « par

pure obéissance, je n’avais aucune

envie d’apprendre le cunéiforme. »

Il se spécialisa dans la 3 ème dynastie

d’Ur, sans oublier les autres langues

sémitiques. Ses résultats académiques

furent excellents. Après

avoir brillamment soutenu sa thèse

en 1976 2 , il devient professeur d’assyriologie

à l’École, enseignant sur

la Mésopotamie pendant quarante

ans, même après sa retraite en 2014.

Lors du Dies Academicus, fr. Martin

Staszak, prieur et ancien élève de

Marcel, le décrivit comme « maître

de la maison des tablettes, père de

nombreux disciples ».

Réputé pour son catalogage infatigable

et ses publications de

tablettes d’argile dans le monde

entier (collection babylonienne de

Yale, British Museum, Séminaire

de théologie de Princeton, Musée

royal d’Ontario, etc.), il fut aussi

secrétaire des études, bibliothécaire,

vice-directeur et directeur à deux reprises.

Sur ces trente-huit dernières

années, seules dix furent sans fonction

administrative. Membre associé

de l’Albright, Institut américain

d’archéologie, et du conseil d’administration

du Musée des Pays de la

Bible de Jérusalem, il participa aux

projets de nombreuses institutions à

Jérusalem et dans le reste du monde.

1- « L’anthropologie de Luther dans la

Psalmenvorselung de 1516 à 1518 ».

2- Les sattukku dans l’Esumesa durant

la période d’Isin et Larsa (1984)

Ce portrait serait bien incomplet

sans évoquer ses amitiés, notamment

nouées aux visites du samedi

qu’il a réactivées, amitiés dépassant

frontières ethniques et religieuses.

Dans un monde déchiré, il

est le signe que la communication

est possible, même si rien n’est

simple. Sa promotion comme chevalier

de la Légion d’Honneur en

1995 est peut-être d’ailleurs davantage

liée à son activité qu’à sa direction

de l’École.

Il y a quelques jours, je l’ai entendu

fredonner : « Non, rien de rien,

non je ne regrette rien ». Nous te

remercions pour tout ce que tu as

fait, nous te saluons et nous te souhaitons

un bon séjour en Alsace. Et

si Edith Piaf est prête à oublier son

passé, n’oublie pas l’École, Marcel

! Étudiants, professeurs et chercheurs

ne t’oublieront pas.

Fr. Jakub Bluj, o.p.

Doctorant à l’École biblique


News du Couvent Saint-Étienne

Les honneurs liturgiques :

une tradition vieille de 132 ans !

News of Jerusalem

The Edicule of the Holy Sepulchre:

a Happy End!

Interview of fr. Zacheusz Drazek,

OFM, President of the Franciscan

fraternity of the Holy Sepulchre.

Selon un rite qui remonte à 1885

- cinq ans avant l’arrivée du père

Lagrange au couvent Saint-Étienne

pour y fonder l’École biblique -,

le Consul général de France vient

chaque année honorer de sa présence

la célébration de la fête patronale

du Couvent, le 26 décembre,

jour de la saint Étienne.

M. le Consul général Pierre Cochard

vint ainsi en uniforme, portant

les barrettes de sa Légion d’honneur

et du Mérite national, pour notre

messe, présidée par le R.P. Prieur,

fr. Martin Staszak. Les honneurs

liturgiques lui furent rendus : présentation

du bénitier à l’entrée, placement

au premier rang à droite,

baiser de l’évangéliaire, encensement

particulier avant les fidèles, et

en fin de messe, chant du Domine,

salvum fac rem publicam.

Notre grand drapeau français flottait

au clocher, accompagné du

drapeau européen. À la sortie de la

basilique, l’assemblée se retrouva

pour un pot de l’amitié, suivi pour

quelques invités du repas solennel,

où le consul général fut rejoint par

son épouse et leurs trois grands fils.

Au repas, par d’autres, Mgr Malki,

prélat des Syriaques-catholiques et

Mgr Zerey, prélat des Grecs-catholiques,

notre médecin, le dr Ben-

Daniel et son épouse, M. Dufour du

Consulat, Mme Rigaud, l’archiviste

du couvent.

Fr. Jean-Michel de Tarragon, o.p.

Responsable de la photothèque

What was the timeline of this restoration?

It started in May 2016 and ended in

March 2017. This deadline had to be

respected: celebrating Easter without

the Edicule was unthinkable.

In 2015, this decision was already

being discussed, as the Edicule had

been considerably weakened since

the 1927 earthquake. Metal bars

had been installed to support the

walls. But we noticed over time that

the façade was collapsing, which

was becoming dangerous for the

pilgrims walking under the marble

stones at the entrance. So the

walls were filled in and reinforced,

especially the stones that were left

hollow since the metal bars were

not there anymore. The stones were

worked on upstairs, in the gallery.

It was very detailed engineering

work: everything was redone without

touching the original structure.

The appearance has hardly changed.

The big discovery was that of ancient

grey marble, estimated to date

from the Constantinian times or the

Crusades. Just underneath, split in

half in the length, we found the burial

stone of Christ.

We had lost trace of the tomb until

then?

Many testimonies from the Antiquity

attest to the presence of the original

stone, but we had never seen

it. The tomb hadn’t been opened

once in the past 500 years! In 1810,

a fire caused a lot of damage to the

Edicule built by the Franciscans in

1555, the last time the tomb had

been opened. The Greeks then built

the current one, without touching

the tomb. Afterwards nothing was

touched.

26


Méditation

Vertus de Pâques

How was your cooperation with

the other owner communities?

The communities involved were the

Greeks, the Latins and the Armenians.

The first difficulty was to come

to an agreement: who was to decide?

Who was then to carry out the renovations?

That was decided quickly:

even though the place was shared

property, the structure of the Edicule

and its inscriptions are Greek, so the

renovation work fell to them, to a

team of engineers from the University

of Athens, under the direction of

Professor Antonia Moropoulou.

Every week however, the leaders

of the communities met together,

even though the Greeks had the

last word. The Armenian and Latin

engineers were still in a position to

influence the decisions made by the

Greeks, and that was the most important

for us.

Did the Edicule remain accessible

to pilgrims?

Yes, it always remained open. The

renovation work was carried out

at night, or up in the galleries. The

pilgrims could still enter. However,

it was closed once for 60 hours,

which was historic, when the marble

was opened to uncover the original

stone on which Jesus’ body

had lain. This was on the 26 th , 27 th

and 28 th of October 2016. I remember

very well. We took turns every

two hours. It was a moment of

great grace. It was amusing to see

that all the electronic instruments

that were used for the renovations

stopped working in that moment.

And started again afterwards!

What did these renovations

change in the history of the Holy

Sepulcher and in your lives?

I am now sure that this is the place

of the Resurrection. Before seeing

this, I wasn’t 100 % certain yet that

this was the place. One of the biggest

changes was also the opening,

in the Edicule, of a window that

allows one to see the original rock.

The opening of the tomb was a moving

moment for all, it was a surprise:

Antonia Moropoulou didn’t think

that the burial stone would be so

close to the slab. We had moved the

current slab in order to strengthen

the foundations of the Edicule, and

not in search of any archaeological

remains.

Autour des figures de Jean, Pierre et

Marie en Jn 20,1-18 se cristallisent

plusieurs valeurs pascales en consonance

avec les trois vertus théologales,

dans un inextricable enracinement

humain et théologique.

Jean dévoile l’articulation de « l’évidence

subjective » et de « l’évidence

objective » de la foi. À la vue des

linges et du suaire gisant au sol,

il comprit in petto (Jn 20,8) que –

contrairement au corps de Lazare

qu’il fallut délier à sa sortie du

tombeau (Jn 11, 39.44) – le corps

de Jésus n’était plus confiné aux lois

physiques et s’était échappé seul

du linceul resté distinctement à sa

place. Ce même corps glorieux et

pourtant tangible passera au travers

des portes fermées en Jn 20,19-31.

L’enjeu de l’« évidence objective »

de la foi johannique (1 Jn 1,1-3)

s’élargit à l’horizon de la béatitude

en Jn 20,29, réunissant ceux qui

ont accueilli et sont encore appelés

à accueillir la Parole, en engageant

leur foi et dépassant toute tentation

d’arraisonnement minimaliste et

d’appropriation matérialiste trop

humaine du mystère divin.

La figure de Pierre porte en elle les

ravissements que suscite l’espérance.

Saisi du plus violent désespoir

suite à son ignominieux reniement

(Jn 18,25-27) qui contraste

avec Jn 6,68-69, il retrouve un

regain d’espérance à la vue du

Seigneur (Jn 20,20).

Quant à Marie de Magdala, ce fut,

non sans s’effondrer devant l’horreur

de l’événement totalement

confondant de la mort de Jésus,

qu’elle retourna au tombeau. Mais,

transfigurée par la joie pascale, elle

fut la première à porter l’annonce du

Ressuscité aux disciples en témoignant

de la charité embrasée du

mystère de la miséricorde.

Fr. Paul-Marie Chango, o.p.

Professeur à l’École biblique

28

Lettre aux amis de l’ÉBAF - N° 95 - Pâques 2018


Nouvelles des anciens

1 2 3

Thèses de doctorat :

Maureen Attali, étudiante en 2015-2016, a passé le 11 décembre 2017

une thèse de Doctorat en Histoire et Anthropologie des religions à l’Université

de Paris Sorbonne.

Léon Cyrille Keressé, o.p., étudiant à l’EBAF en 2008-2010, a passé son

Doctorat en Théologie à l’Université de Fribourg le 22 décembre 2017.

Daniela Scialabba a présenté sa thèse de Doctorat en Théologie biblique

à l’Université de Strasbourg le 30 novembre 2017.

Décès :

Le fr. Bernard Rey, o.p. 1 , étudiant à l’EBAF en 1961-1963 est décédé le

1er novembre 2017 à Paris.

Le fr. Bernard Pineau, o.p. 2 , prieur de du couvent Saint-Étienne de 1972

à 1975, est décédé à Tours le 27 novembre 2017.

Le Professeur Johann Gamberoni 3 , étudiant à l’EBAF en 1951-1952,

professeur d’Ancien Testament à Brixen et Paderborn, est décédé le 7 décembre

2017. Il fut à l’origine d’une bourse pour les étudiants de langue

allemande à l’EBAF.

L’Association des Amis de l’EBAF vous invite :

Le christianisme syriaque

en Inde

par Françoise Briquel Chatonnet,

Directrice de recherches au CNRS, Directrice

adjointe de l’UMR Orient-Méditerranée.

Le samedi 7 avril 2018, à 15h00

Salle paroissiale de Saint-Pierre du Gros

Caillou – 92, rue Saint-Dominique –

75007 Paris.

Agenda et publications

École

10-12 avril 2018 : Voyage d’études des étudiants de l’École biblique au Néguev.

14-19 mai 2018 : Voyage d’études des étudiants de l’École biblique en

Jordanie.

31 mai 2018 : Fin de l’année académique à l’École biblique.

2-23 juin 2018 : Session Bible et archéologie à l’École, avec les étudiants

de Boston College.

Publications

Paolo Garuti, Le dossier Jézabel. L’imaginaire de la «femme royale»

entre Bible hébraïque, cultures hellénisées et monde romain, Peeters, Cahiers

de la Revue biblique, n° 90, 2017, 180 p.

Dominique Charles, «Volonté de Dieu » et « faire le bien » dans la Prima

Petri. Origines et portée éthique d’une association féconde, Peeters, coll.

Études bibliques, n° 74, 2017, 591 p.

Luc Pialoux, L’épître aux Philippiens. L’Évangile du don et de l’amitié,

Peeters, coll. Études bibliques, n° 75, 2017, 487 p.

Conférences du jeudi et Lagrange lectures

12 avril 2018 à 18h00 : Memories of Esau: Themes of Conflict and Reconciliation,

par le Prof. Thomas Thompson (Conférence du Jeudi)

25 avril 2018 à 18h00 : The Biblical Traditions about the Ark of the Covenant,

par le Prof. Thomas Römer, du Collège de France (Lagrange Lecture)

2 mai 2018 à 18h00 : The Death and Resurrection of Jesus in the Gospel

of Peter, par le Prof. Simon Gathercole, de l’Université de Cambridge

(Lagrange Lecture)

30 Lettre aux amis de l’ÉBAF - N° 95 - Printemps 2018

31


Avec les étudiants, chercheurs et volontaires de l’année 2017-2018,

l’École biblique vous souhaite un lumineux printemps

et de belles fêtes de Pâques.

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