The Red Bulletin Août 2019

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Peggy Gou

« JE SUIS DOUÉE

POUR LÂCHER

PRISE »

Peggy Gou est la nouvelle coqueluche

de la scène dance. La DJ et productrice

sud-coréenne explique ici comment

libérer ses talents sans s’enfermer

dans des cases.

L e boulot de DJ

n’échappe pas toujours à une

certaine routine : on embarque

la foule dans un univers musical

et puis on laisse la place

à un collègue sans que les

danseurs ne s’en aperçoivent.

Il en va tout autrement pour

Peggy Gou. Chaque fois que la

Sud-Coréenne de 29 ans prend

possession des platines, la

foule lui réserve un accueil

digne d’une pop star. Ses fans

scandent son nom pendant

plusieurs minutes, lui lancent

des objets à son effigie et font

la queue pour un selfie. Impressionnant

pour une DJ qui

donne strictement dans la

dance underground, et dont

le premier EP est sorti il y a

à peine trois ans.

Aujourd’hui, Peggy franchit

une nouvelle étape dans sa

jeune carrière : le label berlinois

! K7 l’a invitée à enregistrer

le dernier volet de sa série

emblématique DJ-Kicks, aux

mix réputés. Se voir proposer

un mix par cette institution

n’est pas seulement un moment

fort pour un DJ (elle succède

à Kruder & Dorfmeister,

Four Tet et DJ Koze), c’est aussi

l’occasion de revendiquer son

appétit musical. Gou revient

sur son ascension fulgurante,

et la pression qui la stimule.

the red bulletin : En à

peine quatre ans, vous êtes

passée d’une poignée de soirées

par an à vingt dates par

mois en club à travers le

monde ; de plus, vous êtes

l’une des productrices les

plus courues. C’est quoi,

votre secret ?

peggy gou : Je suis entière.

Quand j’aime ou quand je

veux faire quelque chose, je

fonce. Quel qu’en soit le prix.

C’est ainsi que s’est lancée

votre carrière ?

Il y a quelques années, un de

mes amis, Esa (Williams, DJ et

producteur sud-africain, ndlr),

m’a invitée dans son studio

d’enregistrement à Londres.

J’y suis allée et ce fut le coup

de foudre avec la création musicale.

J’ai commencé à passer

plus de temps au studio qu’à

l’université. Le soir, je continuais

à travailler au lieu de

rentrer dormir. Mes échecs

aux examens n’ont pas pesé

lourd face à mon amour pour

la musique.

Quelle était votre passion

avant la musique ?

J’ai toujours aimé le stylisme,

et j’ai été un temps attirée par

la mode. Mais j’ai vite compris

que je n’étais pas douée pour

habiller les autres.

Avez-vous souffert de devoir

renoncer à cet univers ?

Non. Beaucoup ne savent pas

quand lâcher prise, mais je

suis plutôt douée pour ça.

Quand je ne sens pas un truc,

je ne m’acharne pas. Pour

exceller dans une voie, il faut

être honnête avec soi-même et

savoir tourner la page au bout

d’un moment. La tourner sans

se décourager.

Quel est le secret de votre

succès ? La méthode Gou ?

Pas de répit ! J’enchaîne une

chose après l’autre en essayant

de surprendre. J’adore

la pression. Au départ, je voulais

être une DJ très focus sur

la house, et des collègues me

conseillaient de choisir un

seul style. À l’époque, ça me

paraissait logique, puis j’ai

remarqué que beaucoup de

mes DJ’s préférés touchaient

à tout et ne se souciaient

guère des genres. À présent,

je me sens libre et veux montrer

au monde tous mes goûts

et tout ce dont je suis capable.

Comment décririez-vous

votre style ?

Je ne veux pas le décrire ou

le définir. Tout comme je veux

avoir la liberté de m’habiller

comme je l’entends, je refuse

d’être cantonnée à un genre.

Cela transparaît clairement

dans votre album DJ-Kicks,

où vous passez du disco à

la house, de la techno à

l’électro, des pistes lentes

aux morceaux à 150 bpm…

C’était le but recherché. Je ne

voulais pas sélectionner des

morceaux que j’utilise dans

mes sets, mais retracer mon

parcours musical au fil des

années. L’idée est d’inviter

l’auditeur chez moi pour

écouter les mélodies qui ont

influencé ma compilation.

Le mix DJ-Kicks de Peggy Gou

est disponible : dj-kicks.com ;

Soundcloud : Peggy Gou

MOK JUNGWOOK FLORIAN OBKIRCHER

16 THE RED BULLETIN

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