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10 months ago

Education pour un monde nouveau - Maria Montessori

XIII Ce que doit être

XIII Ce que doit être la maîtresse montessorienne Il est un jugement superficiel sur la Méthode Montessori – qu’on entend trop souvent –, c’est qu’elle est peu exigeante pour la maîtresse qui doit éviter d’intervenir et laisser les enfants à leur activité. Mais lorsqu’on considère le matériel didactique, sa quantité ainsi que l’ordre et les détails de sa présentation, la tâche de la maîtresse devient à la fois exigeante et complexe. Ce n’est pas que la maîtresse Montessori soit inactive là où la maîtresse ordinaire est active ; c’est plutôt que toutes les activités que nous avons décrites sont dues à la préparation active de la maîtresse qui les guide et son « inactivité » ultérieure est un signe de son succès et montre que son travail a porté tous ses fruits. Heureuses les maîtresses qui ont amené leur classe au stade où elles peuvent dire : « Que je sois présente ou non, la classe continue. Le groupe a acquis son indépendance. » Pour arriver à ce degré de réussite, la formation de la maîtresse doit suivre une ligne déterminée. Une maîtresse ordinaire ne peut pas se transformer en une maîtresse Montessori mais elle doit être créée à neuf, après s’être libérée des préjugés pédagogiques. Le premier pas consiste en une autopréparation de l’imagination, car la maîtresse Montessori doit visualiser un enfant qui n’est pas encore là, matériellement parlant, et doit avoir confiance dans l’enfant qui se révélera par le travail. Les divers types d’enfants déviés n’ébranlent pas la foi de cette maîtresse, qui voit en esprit un type différent d’enfant et attend avec confiance que cet être unique se révèle quand il sera attiré par un travail qui l’intéresse. Elle attend que les enfants donnent des signes de concentration. Dans ce travail, il y a trois phases de développement : 1. En tant que gardienne et protectrice de l’ambiance, la maîtresse se

concentre sur ce point au lieu de se préoccuper des difficultés de l’enfant à problèmes ; elle sait que la guérison viendra de l’ambiance. C’est là que se trouve l’attrait qui polarisera la volonté de l’enfant. Le matériel didactique doit être toujours beau, brillant et en bon état, sans rien qui manque ; il paraît ainsi neuf à l’enfant, il est complet et prêt à servir. La maîtresse, en tant qu’élément de l’ambiance, doit être, elle aussi, attrayante, jeune de préférence et belle, habillée avec goût, être soignée, gaie et digne tout en restant gracieuse. C’est l’idéal et on ne l’atteint pas toujours parfaitement, mais la maîtresse qui se présente devant les enfants devrait se rappeler qu’ils sont des personnes importantes, à qui elle doit compréhension et respect. Elle devrait étudier ses mouvements, les rendre aussi doux et gracieux que possible, de façon que l’enfant, inconsciemment, puisse lui faire l’honneur de la trouver aussi belle que sa mère, qui est naturellement son idéal de beauté. 2. Dans la deuxième étape, la maîtresse a affaire aux enfants qui sont encore dans le désordre, à ces esprits errants et sans but, qui doivent être amenés à se concentrer sur un travail quelconque. La maîtresse doit faire preuve de séduction et elle peut utiliser tous les moyens – excepté le fouet bien sûr – pour gagner l’attention des enfants. Elle peut faire plus ou moins ce qu’elle veut, parce que pour l’instant son intervention ne perturbe rien de très important et donc suggérer avec brio les activités, c’est là l’essentiel. Les enfants qui persistent à importuner les autres doivent en être empêchés, car cette activité n’est pas de celles dont le cycle ait besoin d’être complété. 3. Une fois l’intérêt des enfants éveillé, en général par un exercice de vie pratique, parce le matériel n’a pas encore pu être présenté dans de bonnes conditions, la maîtresse se retire à l’arrière-plan et doit faire très attention à ne pas intervenir, absolument pas, en aucun cas. On fait souvent des erreurs à ce stade, comme par exemple encourager d’un « Bien » un enfant jusque-là polisson, qui enfin se concentre sur un travail. Ce genre d’éloge bien intentionné suffit à causer des dégâts : l’enfant ne rejettera pas les yeux sur un travail avant des semaines. De plus, si l’enfant a une difficulté quelconque, la maîtresse ne doit pas lui montrer comment la surmonter, ou tout l’intérêt sera perdu car l’important pour lui est de surmonter cette difficulté, non pas la tâche en elle-même. Un enfant en train de soulever quelque chose de trop lourd pour lui n’a pas besoin d’aide : et même, pour lui, voir la maîtresse le regarder suffit à l’arrêter de travailler. Aussitôt qu’apparaît la concentration, la maîtresse ne devrait pas y prêter attention, comme si cet enfant n’existait pas. Au moins, faut-il qu’il soit parfaitement inconscient de l’attention de la

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