Philosophie magazine-Hors-série avril 2019

billagate

Dossier Games of Thrones

Du nain Tyrion à Jon Snow, le bâtard méprisé, les figures reléguées

ou marginales ne manquent pas dans Game of Thrones. Nombre d’entre elles

parviennent à faire de leur différence assumée une force afin de mener

une existence plus libre. À l’image de fortes individualités féminines

comme Arya ou Brienne, qui déconstruisent les identités de genre.

La philosophe Sandra Laugier met en exergue un souffle démocratique

qui imprègne la série.

Y a-t-il dans la série Game

of Thrones une forme de glorification

des marginaux ?

SANDRA LAUGIER \ En apparence, ce n’est pas

du tout le sujet de la série, qui est centrée sur

la lutte des prétendants au trône – notamment

la famille du beau personnage de Ned Stark :

sa femme, ses enfants et lui ont plutôt un caractère

d’exceptionnalité, voire d’élection, que de

marginalité – même son « bâtard » (qui n’en est

pas un), Jon Snow. Ce qui est plutôt suggéré,

c’est donc l’idée d’une aristocratie. Même

constat, exacerbé, chez les Lannister. La relation

incestueuse entre Jaime et Cersei souligne

cette idée d’une noblesse élitiste, fermée sur

elle-même. Pourtant, c’est dans ces familles

qu’émergent d’emblée des personnages marginaux

: Bran, qui se retrouve handicapé suite à

son accident (une tentative de meurtre) dans

le premier épisode, et bien sûr Tyrion Lannister.

L’acteur Peter Dinklage, qui a tenu d’abord une

place secondaire, est vite arrivé en tête du générique,

ce qui est sans exemple pour un acteur

Les femmes,

les monstres

et les enfants

d’abord

ENTRETIEN AVEC

SANDRA LAUGIER

Propos recueillis par Octave Larmagnac-Matheron

de petite taille. Plus généralement, on ne peut

que souligner la diversité sociale des personnages

de la série : les Sauvageonnes Ygrid et

Osha, d’une intelligence et d’un courage exceptionnels,

la prostituée Shae, le modeste Samwell.

Game of Thrones ne glorifie pas les marginaux

mais transforme l’idée même de gloire

et de noblesse, donnant à des personnes ordinaires

des capacités extraordinaires et nous

attachant à eux comme aux plus « grands ».

Les femmes, à Westeros, paraissent

souvent dominées et soumises

aux codes stricts de la féminité.

Cependant, deux personnages

essentiels s’écartent de ces normes :

Arya et Brienne. En quoi leurs

attitudes subversives se ressemblentelles

et en quoi diffèrent-elles ?

\ Les femmes de Westeros sont en effet souvent

des beautés, incarnées par des stars (au

sens anglais : on les contemple, on est éclairé

par elles). Dire qu’elles sont dominées n’est pas

aussi simple, car ce sont souvent des femmes

fortes, de pouvoir – que ce soit Catelyn qui n’est

pas une mère de famille traditionnelle, ou Daenerys

qui devient une redoutable guerrière.

Game of Thrones est vraiment une série qui met

les femmes à l’honneur ; il ne reste d’ailleurs

presque plus qu’elles au générique ! Toutefois,

Arya et Brienne ont une singularité car elles

refusent la séduction hétérosexuelle et, évidemment,

le rôle de reproductrices. Dès la première

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GAME OF

HORS-SÉRIE

THRONES

Sexe, domination et subversion

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