3 Le Joyau Noir

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3 Le Joyau Noir

Peu après, le baron Kalan prit congé d’Hawkmoon, que deux

gardes de l’ordre de la Mante escortèrent le long d’un dédale de

couloirs. Ils s’arrêtèrent enfin devant une porte d’argent satiné

qui s’ouvrit, révélant une pièce meublée avec parcimonie, dont

les murs, le sol et le plafond avaient été recouverts de miroirs.

Une seule fenêtre, percée dans le mur opposé, éclairait la pièce.

Elle donnait sur un balcon qui surplombait la ville. Près de la

fenêtre se tenait un personnage au visage dissimulé par un

masque noir figurant une tête de loup, et qui ne pouvait être que

le baron Meliadus.

L’homme se retourna et fit signe aux gardes de sortir. Puis il

tira un cordon, et des tentures tombèrent sur les murs,

dissimulant les miroirs. S’il avait désiré contempler son propre

reflet, Hawkmoon n’aurait eu qu’à baisser ou lever les yeux. Au

lieu de cela, il regarda par la fenêtre.

Un brouillard épais couvrait la ville, s’enroulant en lambeaux

vert sombre autour des tours, obscurcissant les eaux du fleuve.

C’était le soir, le soleil avait presque complètement disparu. Les

tours ressemblaient à d’étranges et surnaturelles formations

rocheuses, émergeant d’une mer primordiale. Il n’eût pas été

surprenant de voir un grand saurien en sortir et venir coller son

œil à la fenêtre tachée d’humidité.

Une fois les miroirs muraux occultés, la pénombre avait

envahi la pièce dépourvue qu’elle était de toute source de

lumière artificielle. Le baron, dont la silhouette se découpait

toujours sur le ciel obscur, chantonnait et semblait ignorer la

présence d’Hawkmoon.

Monté des profondeurs de la ville, un cri sourd et déformé

traversa le brouillard et mourut. Le baron Meliadus releva son

masque de loup et regarda attentivement le jeune duc, qui se

tenait dans l’ombre.

— Approchez-vous de la fenêtre, monseigneur, dit-il.

Hawkmoon s’exécuta et trébucha quand il posa le pied sur le

tapis qui couvrait partiellement le sol de miroir.

— Bien, reprit le Granbreton. J’ai parlé au baron Kalan. Il est

perplexe, car il ne peut expliquer certaines choses. Selon lui, il

semblerait qu’une partie de votre esprit soit morte. Je me

demande ce qui a bien pu la tuer. Le chagrin ? L’humiliation ?

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